803 liens privés
Selon l’historien Karl Friday, « Les liens entre le maître et ses vassaux étaient contractuels, basés sur l’intérêt mutuel et des avantages, et étaient lourdement conditionnés par les exigence de l’intérêt personnel. Les guerriers médiévaux n’étaient loyaux envers leurs seigneurs que dans la mesure où cela leur bénéficiait. Ils pouvaient, et c’était fréquent, changer d’allégeance quand la situation le demandait. En fait, dans l’histoire du Japon, il y a très peu de batailles où la défection – souvent en plein milieu de l’action – de l’un ou de plusieurs des principaux guerriers n’a pas été un facteur. »
« Notre conception occidentale de ‘l’honneur’ n’avait pas grande signification pour les samouraïs dans la conduite de leurs batailles. Les samouraïs étaient avant tout des réalistes. Au cours des guerres, ils rompaient volontiers des traités, piégeaient leurs opposants, attaquaient au milieu de la nuit et utilisaient toutes les ruses qui pouvaient leur donner l’avantage. (…) Il n’y avait rien d’honorable à leurs tactiques guerrières, en tous cas dans notre définition du terme. » (Charles Sharam, « The Samurai: Myth Versus Reality »).
« La vérité est que les expressions de loyauté désintéressée brillaient par leur absence. » (Karl Friday)
Le bushido (ou « voie du guerrier ») de Nitobe mêle fantaisies virilistes sur les samouraïs de l’ancien Japon, citations bibliques et austérité de la morale protestante quaker, établit un code d’honneur rigide et interdit la désobéissance et la reddition. Même s’il réprouve la cruauté gratuite, le cocktail se révélera une assise idéologique parfaitement adaptée à la machine de guerre militariste, ultra-nationaliste et expansionniste souhaitée par l’empereur Meiji.